Henriette Dagri-Diabaté

Une personnalité multidimensionnelle

Pr Henriette Dagri-Diabaté
Pr Henriette Dagri-Diabaté

La femme, l’Universitaire et la Politique

Madame DIABATÉ naît le 13 mars 1935 à Bingerville. Elle est Alladian de par son père, Atchan (Ebrié) d’Adjamé-village du côté maternel. Elle est ensuite devenue Malinké par son mariage avec un Diabaté d’Odienné .

Pour les moins de cinquante ans son nom rythme avec portefeuilles ministériels, gestion du Rassemblement Des Républicains (RDR), qu’elle a contribué à porter au pouvoir, et la valorisation du mérite ivoirien en tant que Grande Chancelière, puis Grande Chancelière Honoraire de l’Ordre National.

Pour les plus âgés, dont certains furent ses étudiants, Mme le Professeur, c’est d’abord une universitaire de renommée internationale, dont les recherches ont contribué à mieux faire connaître l’histoire africaine. 

Enfin, Henriette Dagri-Diabaté c’est aussi une femme. Une femme qui a été une épouse aimante, une mère attentionnée et, aujourd’hui, une mémé épanouie dont les conseils, les bénédictions et l’affection sont très courus.

J’ai eu la chance de l’approcher entre 2008 et 2011. À l’époque, nous étions un quatuor d’anciens de la FESCI, à qui elle accordait régulièrement de son temps, comme à beaucoup d’autres d’ailleurs. Selon son agenda, nos rencontres, hebdomadaires, se tenaient à son bureau de la rue des jardins, entre midi et deux, ou en soirée, à sa résidence. Je me souviens comme si c’était hier. Nous, très fougueux, les têtes pleines de stratégies, elle, calme, méthodique, pédagogue comme le professeur qu’elle est. Et toujours avec cette bienveillance maternelle.

J’ai découvert une personnalité à la fois agréable et très enrichissante, une intellectuelle accomplie, une femme politique avisée mais aussi d’une féminité assumée.

Femme, jusqu’au bout

Une mère attentionnée

Gratifiée de cinq enfants et de nombreux petits enfants et arrière-petits enfants, ceux qui la fréquentent décrivent une vieille femme sereine. Pourtant l’arbitrage entre une carrière universitaire prometteuse et l’éducation des enfants fut parfois douloureux. Elle rappelle, toujours avec des trémolos dans la voix, ce jour de séparation momentanée d’avec le benjamin, Issa Diabaté, aujourd’hui cinquantenaire et architecte renommé. Il fallait se rendre quelque part en province pour des recherches universitaires.

Tout comme la vie académique, les épreuves d’une carrière politique, pourtant fort agitée, n’ont en rien endurci son tempérament. Bien au contraire, sa sensibilité maternelle, le Professeur en a même fait un atout, dans un environnement politique, africain surtout, où l’on attend ordinairement machiavélisme et poigne de fer. Ainsi, désignée Secrétaire Général du Rassemblement des Républicains, le 30 janvier 1999, dans une période tourmentée de ce parti, le Professeur aura réussi à animer la flamme du militantisme et, surtout, gérer la cohésion interne, en jouant le tampon entre les chocs des ambitions individuelles, comme en témoignent souvent plusieurs cadres de ce parti.

Au Cabinet de Ouattara, à la Rue des Jardins, aux II Plateaux, la phrase magique pour tout dirigeant subalterne du part, qui estimait que son dossier n’avançait pas, était : je vais en parler à Tantie. Comme une mère de famille, Tantie rassurait et défendait, si nécessaire, la cause des plus « petits militants » contre des cadres, parfois, trop conscients de leur envergure. D’après Madame la Ministre Anne Ouloto-Lamizana,

« Tantie a toujours cherché à concilier les uns et les autres, à concilier les positions, à réconcilier, à encourager au pardon. Tantite a toujours exhorté à tendre la main à l’autre, avec humilité. »

« Tantie a toujours cherché à concilier les uns et les autres, à concilier les positions, à réconcilier, à encourager au pardon. Tantite a toujours exhorté à tendre la main à l’autre, avec humilité. »

Une anecdote personnelle ; pendant nos séances de travail à son domicile, le Professeur s’était rendu compte qu’aux alentours de 19 heures, je saisissais tout flottement pour m’absenter. Renseignements pris, elle découvrit que je passais un coup de fil à ma fille qui, à l’époque, était quelque part à l’intérieur du pays. En ces temps où la méfiance était de mise, quitter une réunion politique pour un appel pouvait légitimement paraître suspicieux. Que croyez-vous qu’elle a fait ? Eh bien, Tantie a bonnement institué une pause à 19 heures qu’elle a ironiquement appelée « la pause pour le coup de fil de Touré à sa fille ». Seul un cœur de mère peut réagir ainsi.

C’est à partir de ce geste que j’ai commencé à entrevoir toute la dimension du Professeur Henriette Dagri-Diabaté : une personnalité qui, malgré une carrière académique unanimement saluée par les milieux universitaires, un leadership politique reconnu, est restée profondément humaine.

Femme, jusqu’au bout

Une mère attentionnée

Gratifiée de cinq enfants et de nombreux petits enfants et arrière-petits enfants, ceux qui la fréquentent décrivent une vieille femme séreine. Pourtant l’arbitrage entre une carrière universitaire prometteuse et l’éducation des enfants fut parfois douloureux. Elle rappelle, toujours avec des trémolos dans la voix, ce jour de séparation momentanée d’avec le benjamin, Issa Diabaté, aujourd’hui cinquantenaire et architecte renommé. Il fallait se rendre quelque part en province pour des recherches universitaires.

Tout comme la vie académique, les épreuves d’une carrière politique, pourtant fort agitée, n’ont en rien endurci son tempérament. Bien au contraire, sa sensibilité maternelle, le Professeur en a même fait un atout, dans un environnement politique, africain surtout, où l’on attend ordinairement machiavélisme et poigne de fer. Ainsi, désignée Secrétaire Général du Rassemblement des Républicains, le 30 janvier 1999, dans une période tourmentée de ce parti, le Professeur aura réussi à animer la flamme du militantisme et, surtout, gérer la cohésion interne, en jouant le tampon entre les chocs des ambitions individuelles, comme en témoignent souvent plusieurs cadres de ce parti.

Au Cabinet de Ouattara, à la Rue des Jardins, aux II Plateaux, la phrase magique pour tout dirigeant subalterne du part, qui estimait que son dossier n’avançait pas, était : je vais en parler à Tantie. Comme une mère de famille, Tantie rassurait et défendait, si nécessaire, la cause des plus « petits militants » contre des cadres, parfois, trop conscients de leur envergure. D’après Madame la Ministre Anne Ouloto-Lamizana,

« Tantie a toujours cherché à concilier les uns et les autres, à concilier les positions, à réconcilier, à encourager au pardon. Tantite a toujours exhorté à tendre la main à l’autre, avec humilité. »

Tous, cependant, recevaient attention, protection et amour. L’actuelle présidente du Sénat, Madame Kandia Camara, parlera « d’attachante tendresse »

Une anecdote personnelle ; pendant nos séances de travail à son domicile, le Professeur s’était rendu compte qu’aux alentours de 19 heures, je saisissais tout flottement pour m’absenter. Renseignements pris, elle découvrit que je passais un coup de fil à ma fille qui, à l’époque, était quelque part à l’intérieur du pays. En ces temps où la méfiance était de mise, quitter une réunion politique pour un appel pouvait légitimement paraître suspicieux. Que croyez-vous qu’elle a fait ? Eh bien, Tantie a bonnement institué une pause à 19 heures qu’elle a ironiquement appelée « la pause pour le coup de fil de Touré à sa fille ». Seul un cœur de mère peut réagir ainsi.

C’est à partir de ce geste que j’ai commencé à entrevoir toute la dimension du Professeur Henriette Dagri-Diabaté : une personnalité qui, malgré une carrière académique unanimement saluée par les milieux universitaires, un leadership politique reconnu, est restée profondément humaine.

Une épouse aimante

Henriette, cette fois l’épouse, surprend le monde entier ce mercredi 04 octobre 2000, lorsqu’empêchée d’embarquer pour Paris, elle entama une grève de la faim. Le Professeur tenait à se rendre au chevet de son mari, hospitalisé dans la capitale française, à la suite d’une lourde intervention chirurgicale. Le correspondant d’un média international décrit une femme aux yeux rougis mais décidée, assise sur le parvis de la cathédrale St-Paul du Plateau.

La notoriété de la protestataire, l’émoi suscité au sein de la population, et bien entendu la médiatisation de son action, ont probablement contribué à faire plier le pouvoir militaire d’alors. Elle restera au chevet de son cher Lamine jusqu’à ce que ce dernier se remette sur pied.

Une féminité assumée

Enfin, Henriette DAGRI-DIABATE aura su rester femme jusqu’au bout et malgré tout.
« Tantie est jalouse de sa féminité. Elle est jalouse de son charme de femme », dixit la Ministre Anne Désirée Ouloto-Lamizana. En effet, là où une certaine tendance voudrait que les femmes de pouvoir se masculinisent, le Professeur a toujours cultivé sa coquetterie. La Première Dame Dominique Ouattara, elle-même reconnue pour son élégance, avouera dans une allocution, en juillet 2021 : j’ai toujours admiré l’harmonie subtile entre son intelligence et sa douceur. C’est d’ailleurs son charisme et son élégance qui me frappent lorsque je la rencontre pour la première fois, à la fin des années 80.

En effet, à part de lourds pendentifs en or massif qu’elle arbore souvent, expression d’un profond attachement culturel, le Professeur Dagri-Diabté a toujours opté pour un style à la fois sobre et recherché, héritage probable de l’aristocratie Akan dont elle est issue.

Il me revient, par exemple, ce jour mémorable de 2011, jour de son élévation à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre National de Côte d’Ivoire. Son prédécesseur, le Général Youssouf KONE, lui passe l’écharpe de l’insigne par dessus la tête et la lui pose délicatement sur l’épaule droite. Toujours la tête abaissée, la nouvelle Grande Chancelière ajuste le grand ruban à sa convenance puis, de sa paume gauche, lisse son chignon, avant de lever son regard et d’éblouir la salle de son plus beau sourire.

Malgré les vicissitudes, malgré le pouvoir, le Professeur Henriette DAGRI-DIABATE sera restée femme jusqu’au bout.

En politique, une conviction à toute épreuve

Une intellectuelle en politique

La plupart des Ivoiriens la découvrent ce 07 novembre 1990. L’ex-Gouverneur de la BCEAO, le Dr Alassane Dramane Ouattara vient de former son premier Gouvernement. Pour son premier poste ministériel, Henriette DAGRI-DIABATE hérite du département de la culture. Jusque-là cadre du PDCI (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire), et quoique membre du comité directeur, cette historienne de renommée s’était souvent limitée à apporter de brillantes contributions intellectuelles au parti, à l’occasion des grandes réflexions.

À la mort du Président Houphouët, fondateur du parti, le PDCI est sécoué par des luttes internes indédites. Et quand en juin 1994, Djeni Kobina, l’un des hauts cadres du parti unique décide de rompre le cordon ombilical, on la retrouve à ses côtés. Avec elle d’autres membres du défunt gouvernement. Ce qui, en revanche, distingue Madame le Professeur de bien de ses compagnons et mêmes de ses adversaires politiciens de l’époque, c’est l’élégance dans la parole. Là où, dans les meetings et la presse, la plupart des politiciens se distribuent généreusement des noms d’oiseaux, elle garde toujours un ton mesuré. Attitude qui, probablement, contribue à faire d’elle une personnalité respectée, non seulement en interne mais aussi au sein des autres organisations politiques.

Face aux épreuves, la combattante se révèle

Au fil du temps et des adversités, il y a beaucoup de départs mais malheureusement aussi quelques décès. Professeur Henriette DAGRI-DIABATE, elle la modérée, se maintient, s’aguerrit, au point de devenir la pierre angulaire sur qui le parti politique repose lorsque son premier responsable a dû, par moments, s’absenter. Devenue la première femme africaine Secrétaire Générale d’un parti politique de premier plan, en 1999, elle enfile courageusement ce costume à un moment où son organisation fait face à de terribles répressions. Arrestations, emprisonnements, humiliations, dénigrements, calomnies… elle subit tout au nom de son combat.

Cependant, les coups les plus douloureux ne sont pas ceux qui lui sont directement adressées. Il y a surtout le calvaire que vie son entourage proche. Le 04 décembre 2000, son fils, Jean-Philippe Kaboré, manque de perdre un œil à la suite de la bastonnade subie de la part d’éléments de la gendarmerie. Arrêtés à un barrage dressé au niveau de la RTI, en compagnie de son chauffeur, du garde de corps personnel de Madame Diabaté et d’un certain Koné Karamaté Souleymane. Ils seront proprement passés à tabac, puis transportés à l’intérieur de la cours de la RTI, où les mauvais traitements se poursuivront. Le garde de corps aura moins de chance. Mal en point, il fut transféré au CHU où l’on perdra ses tracesi.

Un autre événement fort révélateur des tensions de l’époque et de ce que cette dame a traversé est ce que l’on a appelé les événements d’Afféry. Cette nuit du samedi 9 au dimanche 10, après une tournée de remobilisation des militants du département d’Akoupé, la Secrétaire Générale du RDR et sa suite rejoignent leur hôtel, à Affery.

Au milieu de la nuit, leur repos est troublé par le vacarme de deux autres clients et leurs invités, installés non loin de la suite de la leader politique. La sécurité de cette dernière invite le groupe à poursuivre leurs réjouissances dans la boîte de nuit de l’hôtel. Il s’ensuit des éclats de voix et une rixe dont sort vainqueur la sécurité de Madame Diabaté. Les perdants, visiblement assez influents ameutent la ville. Une foule déchaînée s’amasse aux abords de l’hôtel. C’est le lendemain, aux alentours de midi, que le Professeur sera exfiltré de son hôtel et héliporté à Abidjan par une unité d’intervention de la gendarmerie nationale.

Les embûches, celle que tous les militants appellent déjà « Tantie », en a rencontrées, énormément. Malgré tout, elle réussira à la fois à raffermir le RDR au niveau national, à maintenir la cohésion en interne et à permettre l’émergence et l’épanouissement des jeunes cadres. Pour ces derniers, elle devient un modèle, et pour le militant de base l’énergie qui motive. Sur sa conviction, la Ministre Anne Désirée OULOTO dira :

« Tantie est restée toujours débout, les yeux fixés sur ses objectifs. Parce que simplement tantie était déterminée. Elle avait la conviction de ses choix. Et nous, moi, je veux ressembler à tantie ; dans la force de ses convictions, dans sa loyauté, dans sa proximité et surtout dans sa capacité d’écoute. »

Enfin, l’heure de gloire !

En 2011, le Rassemblement Des Républicains, au sein de la coalition du Rassemblement des Houphétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) remporte le second tour des présidentielles. Pour Monsieur Ouattara, personne d’autre que Tantie ne peut donner toute la légitimité à son intronisation. Nommée quelques jours avant Grande Chancelière de l’Ordre National, ce 21 mai 2011 le Pr Henriette DAGRI-DIABATE remet elle-même ses apparats du pouvoir au nouveau Président de la République.

Suprême couronnement d’un long et douloureux combat et d’une conviction à toute épreuve.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut

Veuillez nous laisser un message

Nous vous recontacterons incessamment